dimanche, 22 février 2009
Manifeste pour des "produits" de haute nécessité
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Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d’achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s’envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue". que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture... Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation...
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A lui seul cet extrait du "Manifeste pour des "produits" de haute nécessité"*, rédigé dans le contexte des légitimes revendications émanant des colonies françaises d'outre-mer, devrait servir de mantra pour tout esprit aspirant à sa décolonisation (de quelque nature qu'elle soit), de leitmotiv pour l'édification d'une pensée véritablement en rupture avec le dogme croissanciste d'une économie de marché folle!
* rédigé par Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William; retrouvez, en cliquant sur les liens ci-dessous, le texte complet de ce manifeste:
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mercredi, 22 octobre 2008
Un manifeste pour sortir de la "crise"
Au moment ou l'économie mondiale est en crise, ou les discours developpementistes (fussent-ils "durables") et croissancistes se montrent toujours plus déconnectés de l'économie réelles, des enjeux écologiques, sociaux,politiques et culturels que fait apparaitre la globalisation libérale, je ne peux qu'inviter à relire le fameux "Manifeste pour une Décroissance Conviviale" de nos amis Quebecois:
LE MANIFESTE POUR UNE DECROISSANCE CONVIVIALE
À vous qui vous préoccupez de l'avenir des prochaines générations.
Nous vivons dans un monde en crise. « Lucides » ou « Solidaires », tous s’entendent là-dessus. Mais les solutions proposées, qu’elles soient néolibérales ou progressistes, restent dans le paradigme du développement et de la croissance économique, alors même qu’il s’agit là d’une cause majeure de bien des problèmes.
Dans la foulée du mouvement européen de la décroissance économique soutenable(1), nous invitons les citoyens et citoyennes du Québec à poser un regard d’ensemble sur le système actuel, en particulier sur les problèmes écologiques et sociaux.
La « décroissance » est une interpellation à la « croissance économique », expression qui donne une connotation vivante et positive à des phénomènes destructeurs des écosystèmes et du tissu social. Le développement économique productiviste accroît l’écart entre les riches et les pauvres tandis que l’augmentation de la production de « richesse » ne signifie pas l’amélioration générale de la condition humaine. La croissance des entreprises ne les empêche pas de couper des postes pour augmenter leurs bénéfices, réduisant à néant l’argument pro-croissance de la création d’emplois. Par ailleurs, la production toujours augmentée de biens de consommation gruge les ressources qui constituent notre capital écologique et engendre de la pollution et des déchets à la tonne. Les guerres, déversements de pétrole ou carambolages automobiles sont des exemples d’événements qui élèvent le produit intérieur brut, indicateur dont on se sert pour évaluer la santé des nations. Cette analyse des activités humaines donne un portrait inexact de la réalité. Comme beaucoup d’autres avant nous, nous affirmons que l’économie doit cesser de dicter les décisions de tout ordre et redevenir un moyen au service des êtres humains.
La décroissance n’est pas une idéologie simpliste et moralisatrice mais un appel à la réflexion fondé sur un fait incontestable : sur une planète limitée, la croissance illimitée, objectif de tous nos gouvernements, est une impossibilité. Elle conduit à des déséquilibres de plus en plus dangereux.
Quatre crises intimement liées
Crise écologique, d’abord. Inutile de rappeler que depuis l’industrialisation, les êtres humains ont fait disparaître des milliers d’espèces, pollué l’air, l’eau et le sol, décimé des forêts, produit assez de gaz à effet de serre pour modifier le climat, faire fondre les glaciers et élever le niveau des mers, le tout avec des conséquences incontrôlables. La population mondiale consomme comme si nous avions une planète et demie. Si les six milliards d’habitants de la planète pouvaient se permettre le mode de vie que les pays industrialisés font miroiter à travers le monde, c’est de six planètes dont nous aurions besoin(2).
Crise sociale, encore. Malgré toutes les promesses de l’idéologie de croissance, la sous-alimentation et l’insécurité alimentaire compromettent la santé de millions de personnes, dans le tiers-monde et dans les pays industrialisés, incluant le Québec. Au même moment, les maladies liées à l’american way of life et à sa pollution font leurs ravages : asthme, cancer, allergies, obésité, maladies cardio-vasculaires, problèmes de santé mentale, etc. Des milliers de personnes vivent des épisodes d’épuisement professionnel pour avoir trop travaillé tandis que des milliers d'autres personnes sont exclues du marché du travail et soumises à l’opprobre.
Crise du sens, toujours. Le stress et le sentiment de vide provoquent dépressions et suicides. Entraînés dans le tourbillon du productivisme et du consumérisme, nous n’avons pas le temps de réaliser que notre liberté se limite à celle de choisir parmi des produits et à s'identifier à des marques de commerce. Le sens véritable de la vie, qui est quête en soi, est évacué du programme. Continuellement occupés, agités, divertis, nous n'avons plus la possibilité de réfléchir alors même que nous consommons biens, services, ainsi que nos relations. Les liens humains prennent place dans un système où le réflexe cultivé est de chercher notre plus grand profit, au détriment de toute solidarité. Branchés sur des médias de masse qui procurent une illusion de présence, nous constatons avec impuissance notre difficulté d’être, tout simplement, avec nos semblables.
Crise politique, enfin. Les citoyens désabusés ne font pas confiance aux politiciens. Rien de surprenant, quand les multinationales imposent leurs règles avec la complicité des gouvernements en place. De grandes institutions non élues, telles l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, prennent des décisions qui affectent la vie de peuples entiers n’ayant pas leur mot à dire. Les contestations sont réprimées par la force policière, quand ce n’est législative et judiciaire(3). Mais qu’est-ce donc qui légitime le fait que les intérêts financiers des entreprises pèsent plus lourd que les droits des peuples?
Nous, « objecteurs de croissance », déplorons les ravages provoqués par l'idéologie de la croissance et toutes les conditions qui la déterminent.
Culs-de-sac
À tous ceux qui portent l’étendard du développement durable, nous voulons souligner les dangers insidieux de cette approche la plupart du temps bien intentionnée, mais souvent récupérée par les relations publiques des grandes entreprises. L’expression « développement durable », issue du rapport de la commission Brundtland en 1987, présuppose la possibilité du respect de l’environnement dans un contexte de croissance économique et propose de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En faisant de la croissance une nécessité, le développement durable abandonne toute tentative sérieuse d’éliminer les activités économiques nuisibles. En voulant répondre candidement aux besoins du présent, le développement durable évite de les remettre en question. La satisfaction de nos « besoins » de mobilité, de confort et de télécommunications prépare aux générations futures un legs de pollution, de catastrophes climatiques et de déchets, entre autres.
Une compagnie qui recycle son papier peut se réclamer du développement durable, tout en exportant sur des milliers de kilomètres des objets jetables qui quelques semaines plus tard se retrouveront dans un dépotoir. Le mouvement de la consommation responsable réussit lui aussi à convaincre une partie de la population de consommer des produits équitables, locaux, sans pesticides, biologiques, éco-énergétiques... Petits pas dans le bon sens? Prise de conscience? Nous souhaitons le croire. Mais la possibilité de faire des « achats éthiques » évite de poser la question de la nécessaire réduction de la consommation (seul moyen direct de réduire la pollution, les émissions de gaz à effets de serre, la production de déchets). De la même manière, un effet rebond a été constaté avec les technologies éco-énergétiques : puisque la machine consomme moins, les consommateurs ont tendance à l’utiliser davantage ou à allouer l’argent économisé à d’autres biens de consommation, avec pour conséquence une augmentation globale des ressources matérielles ou énergétiques utilisées.
Qu’en est-il de cette autre avenue réconfortante à première vue, celle de croire que la technologie apportera des solutions aux préoccupations écologiques? Voiture électrique, décontamination, organismes génétiquement modifiés, biogaz et éthanol, etc. Malheureusement, ces « solutions » ne sont pas sans conséquences. Produire de l’éthanol, par exemple, exige qu’on consacre beaucoup de terres agricoles à la monoculture de maïs, dévastant ainsi la biodiversité et entraînant une utilisation intensive de pesticides et d’engrais chimiques qui appauvrissent le sol et polluent les eaux. Nous vivons dans un monde qui valorise systématiquement le progrès et l’innovation technologique sans considérer l’ensemble de leurs conséquences, oubliant que c’est cette même foi qui a engendré les catastrophes écologiques que la technologie prétend aujourd’hui solutionner. Ainsi, une technologie médicale de pointe, impensable en dehors du cadre d’une société industrialisée, permet de soigner des cancers… dus à la pollution engendrée par l’industrialisation.
Voyons un peu comment l’idéologie du progrès, qui va de pair avec celle de la croissance, cause plus de tort qu’elle ne peut en réparer.
D’abord, la frénésie de l’innovation raccourcit le cycle de vie des objets, dont l’obsolescence est planifiée. Celui qui souhaite faire réparer un appareil doit agir avec conviction pour renoncer à l’attrait du nouveau modèle et pour trouver, quand cela est encore possible, les pièces et le réparateur qualifié. Par exemple, acheter un nouveau grille-pain coûte moins cher que de faire réparer celui qu’on a déjà. Rapidement, les objets se retrouvent dans les dépotoirs, après avoir participé à l’exploitation des personnes qui les fabriquent, au gaspillage des ressources, à la consommation d’énergie et à la production de pollution. Ces phénomènes se trouvent légitimés par l’impératif de la croissance, même si l’exploitation des ressources naturelles engendre des conflits meurtriers et que la gestion des déchets coûte des sommes astronomiques. Cette idéologie, en posant comme légitime, sensée et nécessaire l’accumulation de richesses, justifie tous les moyens de faire de l’argent et de croître : marchandisation de l’eau, exploitation des enfants, guerres pour le pétrole - et marketing artificieux.
Nous vivons malgré nous dans l’ignorance du réseau de dépendance impliqué par l’utilisation de la technologie. Pour que nous utilisions un grille-pain, il a fallu l’usine, le système de transport, le réseau et les centrales électriques. Les appareils technologiques n’existent pas seuls, ils impliquent toute une organisation sous-jacente. On prétend qu’Internet et les ordinateurs réduisent l’utilisation de papier, mais tout reste branché sur l'imprimante et on oublie aussi que de tels moyens de communication ne sont possibles que dans une société industrialisée qui a déjà impliqué un immense gaspillage et continue de dilapider les ressources (forestières entre autres), ne serait-ce que dans l’emballage des pièces qui se baladent d’un bout à l’autre de la planète. Et on occulte les tonnes d’ordinateurs désuets qui ne sont rien de moins que des déchets toxiques. De même, on nous présente l’automobile comme la liberté de se déplacer, le plaisir de conduire, le symbole de la réussite. Mais ce mode de transport implique des kilomètres d’asphalte, la pollution, l’enlaidissement des paysages, le bruit, l’urbanisme qui isole les différents secteurs de la vie, les guerres pour le pétrole, sans compter les milliers de morts d’accidents.
Par ailleurs, nous devenons complètement dépendants de la technologie, incapables de fonctionner sans elle, incapables pour la plupart de comprendre comment elle fonctionne et de la réparer quand ses appareils se brisent. Les innovations technologiques exigent de grands investissements financiers, pour la recherche, le développement et la production. Leur confier la sauvegarde de l’environnement signifie au bout du compte l’abandon entre les mains des détenteurs de capitaux et des grandes compagnies de la possibilité des populations de prendre en main les défis de la vie commune.
Nous nommons « outils » ces machines, mais il importe de réaliser qu’il ne s’agit pas d’objets neutres que nous pouvons utiliser comme bon nous semble ou selon nos principes. Leur usage nous inscrit dans un vaste système de contraintes, et plus encore il nous transforme, modifiant notre rapport au temps, à l’espace, aux autres êtres humains. La technologie métamorphose notre vision du monde et nos principes mêmes.
Entendons-nous bien : la décroissance n’est pas le désir d’un impossible retour au passé. Elle se veut un choix lucide des inventions. La décroissance, c’est cesser de croire que ce qui est nouveau est meilleur : un tri doit être fait dans ce que la technologie nous offre. Pour nous, certaines inventions devront être abandonnées totalement, par exemple l’énergie nucléaire et la bombe atomique. D’autres, tels l’avion ou divers types de transport motorisé, devront voir leur utilisation sérieusement réduite. En somme, les techniques ayant pour effet de mobiliser toujours plus de ressources devront être abandonnées. Cela ne veut pas dire que tout progrès technique doit être oublié. Pensons aux techniques de pointe en agriculture biologique qui nous font découvrir de nouveaux avantages au compagnonnage végétal. Nous accueillerons les inventions, les techniques qui aideront l’humanité à vivre plus simplement.
Sortir de la croissance
Ce constat de la situation nous permet d’affirmer que l’idéologie du Progrès, qui conçoit que l’Homme, maître de la nature, avance inéluctablement dans l’amélioration du monde, et celle de la croissance économique, fondée il y a plus de deux cents ans, ne concordent pas du tout avec la réalité du XXIe siècle.
L’idéologie dominante pose la croissance économique comme souhaitable, nécessaire et inévitable. Une loi de la nature, dit-on. Évidemment, tout organisme vivant croît, mais cette croissance se stabilise rapidement. La croissance à l’infini est une construction mentale humaine, pas une fatalité économique.
La pensée dominante invoque de même la nature humaine pour justifier l’« inévitable » recherche du profit à court terme. Notre espèce survit pourtant depuis des millénaires grâce à l’entraide et à la coopération... Nous pensons que la nature humaine ne se limite pas à sa seule fonction économique et possède de multiples facettes. Nous sommes ce que nous cultivons en nous. Nous croyons qu’il est possible de cultiver l’intelligence, la créativité et la bonne volonté des êtres humains à participer à un changement de culture radical valorisant l’être et la communauté.
De toutes les façons, comme la croissance économique repose sur une consommation importante d’énergie fossile, dont la diminution des capacités de production est annoncée pour les prochaines décennies, et qu’il ne sera pas possible de remplacer si aisément, des perturbations importantes du système actuel sont à prévoir. De là l’urgence de repenser les choses au-delà de l’idéologie de la croissance.
Évidemment, dans un système économique tel qu’il est aujourd’hui, croissance négative signifie récession, avec toute les conséquences problématiques dans le quotidien de milliers de personnes qui perdent les moyens financiers de répondre à leurs besoins. Le mouvement de la décroissance ne prône pas la récession. Mais vu l’impossibilité écologique pure et simple de voir se perpétuer la croissance à l’infini, les « objecteurs de croissance » proposent une tentative de sortie du paradigme de la croissance. Il s’agit de préparer, et ce dans un souci de justice sociale, les sociétés aux défis des limites physiques de la biosphère.
Réinventer le vivre ensemble
Détachons-nous des structures existantes et des pseudo-contraintes économiques pour concevoir un projet vraiment humain, un projet vraiment réaliste, celui de vivre en fonction de nos besoins et de nos ressources réelles, en harmonie avec notre environnement. Puisant dans notre expérience de la simplicité volontaire, nous sommes convaincus qu’une société de décroissance, qui reposera sur la prise en charge de leurs besoins par les populations, à petite échelle, entraînera l’amélioration de la qualité de vie en favorisant des environnements sains, la participation du plus grand nombre aux décisions, l’entraide et les échanges humains gratuits, la créativité et les occasions d’épanouissement. À quoi ressemblerait cette société? Comment faire des pas dans cette direction?
Cette réflexion pose de front le défi du vivre ensemble et de la répartition de la richesse. Dans la société que nous envisageons, comme dans toute communauté axée sur la satisfaction des besoins (et non sur la création de désirs matériels renouvelables), l’économie consiste en échanges de biens et de services à petite échelle. Le travail est une occasion de participer à la vie communautaire selon ses talents et habiletés, et non un joug nécessaire pour gagner de quoi consommer. Les entités de production sont de petites tailles et utilisent des machines simples à réparer et économiques d’usage. Par exemple : des métiers à tisser mécaniques actionnés par l’énergie humaine ou animale permettent une production beaucoup plus grande qu’un tissage manuel, sans demander les milliards de capitaux de construction et d’opération d’une manufacture industrielle et sans engendrer de perturbations écologiques. Le temps ne s’achète pas, ce n’est pas de l’argent, c’est un espace où s’épanouir.
Si on prétend que l’industrialisation a permis de produire des objets à moindre coût, c’est qu’on ne comptabilise pas la pollution de l’air, de l’eau et du sol, la maladie physique et mentale des employés de l’industrie, l’exil rural et la gestion des déchets. Dans une société de décroissance, les talents et les habiletés sont consacrés à fabriquer des objets esthétiques et durables. L’attention portée aux objets reflète le respect de la matière et du travail qui y ont été mis : on les entretient et les répare pendant des générations. Les cordonnières, couturiers, rembourreurs, cuisinières, ébénistes, menuisiers et techniciennes réparatrices de tout acabit ont donc pignon sur rue dans les communautés locales où chacun fait ses courses à pied, en vélo, en tricycle ou en tramway, en empruntant d’étroites allées bordées de jardins. Pourquoi ne pas importer le modèle des petits villages européens, évitant ainsi de parcourir des milliers de kilomètres outre-atlantiques en touristes pour les visiter? Échangeons simplement nos recettes plutôt que de faire voyager des cargaisons de biscuits outre-mer.
Une société écologique a un rapport très différent au déplacement. La sécurité alimentaire incite à une production de proximité des aliments de base. Le jardinage, même en ville, en est une composante essentielle. Les entités de production des biens étant de petite taille, elles sont implantées directement au sein des communautés, éliminant ainsi les parcs industriels qui dévastent le paysage et évitant aux personnes de se déplacer sur des dizaines de kilomètres chaque jour pour aller travailler. Le transport des marchandises est également réduit de beaucoup. Les réseaux ferroviaires municipal et national offrent un service rapide et économique, comme c’était le cas avant que les industries du pétrole et de l’automobile ne le démantèlent(4). Dans une société qui laisse du temps libre aux personnes, les transports actifs, à pied ou à vélo, ont une place de choix. Les rues et les boulevards urbains sont convertis en pistes cyclables et en trottoirs bordés de parcs. Puisqu’on engloutit moins de ressources dans la réfection des routes et dans la construction des ponts, celles-ci sont disponibles pour l’entretien du transport ferroviaire et l’installation de couloirs à l’abri du vent et de la neige pour le vélo d’hiver, par exemple. Dans une société favorisant ainsi l’activité physique, la détente, un environnement sain et une alimentation naturelle, la médecine occupe une place beaucoup moins importante. Et nous pourrions continuer longuement à esquisser le portrait d’une société hors-croissance.
Évidemment, une telle société ne sera pas la panacée. Nous aurons plus que jamais à faire face au défi du vivre ensemble. Cette partie apeurée de nous qui cherche la sécurité dans l’accumulation grincera des dents devant la rareté retrouvée et l’effort à fournir. Mais au-delà de la peur du manque et de l’inconfort, ces nouvelles structures changeront nos rapports aux autres et à la nature. En comblant notre besoin d’appartenance à une communauté et à un lieu, elles favoriseront des existences signifiantes.
Il importe de noter que l’application de ces moyens simples et accessibles, qui représentent chez nous une diminution de la consommation (et une augmentation de la qualité de vie!) constituerait dans plusieurs pays du tiers-monde, actuellement affamés par les systèmes de production et de consommation des sociétés dites développées, une augmentation de leur accès aux biens et services, établissant une plus grande justice planétaire, chose écologiquement impossible si nous maintenons notre niveau de vie.
Pistes pour la transformation
Sommes-nous rêveurs? Peut-être devrions-nous poser autrement la question : sommes-nous plus rêveurs que ceux qui pensent améliorer le bien-être général en soutenant une forte croissance économique?
La société actuelle est fort complexe et nous apparaît comme immuable. Comment seulement envisager que les choses puissent être autrement? Évidemment, il s’agira d’un long cheminement de reprise en main individuelle et collective. La simplicité volontaire individuelle est une démarche essentielle, permettant de libérer du temps pour nous éduquer, lire, réfléchir et expérimenter des manières de faire qui seront centrales dans une société de décroissance : jardinage, démarches de croissance personnelle, techniques artisanales ou de réparation, travail bénévole coopératif, etc. C’est dans un mouvement sur la décroissance économique conviviale, qui est l’expression collective des principes d’équilibre de la simplicité volontaire, que ce mode de vie responsable prend tout son sens.
Une société en transition vers un paradigme autre que celui de la croissance économique favorisera le travail à temps partiel, incitant par ailleurs les individus et les communautés à mettre en œuvre des projets accroissant leur autonomie dans la satisfaction de leurs besoins. Des mesures de ralentissement de la circulation, des stationnements incitatifs, la gratuité du transport en commun, l’aménagement de rues piétonnières et de pistes cyclables sont toutes des actions qui vont dans le sens d’un réapprentissage du transport actif et de la présence au monde. Afin de rétablir l’équilibre dans la répartition des richesses, il serait envisageable de décréter un écart de revenu maximal à l’intérieur d’une même entreprise et des outils fiscaux redistributifs entre les plus riches et les plus pauvres, agissant ainsi contre l’inéquité et diminuant le pouvoir de ceux qui ont le plus d’impact négatif sur la nature, que ce soit par leur haut niveau de consommation ou par leurs investissements qui « font rouler l’économie ».
Évidemment, de nombreuses entreprises dont les activités n’ont d’utilité que dans le cadre d’un système de croissance économique (publicité, objets jetables, produits du pétrole, etc.) n’auront tôt ou tard pas le choix de ralentir puis d’arrêter leur production, bouleversant la situation de l’emploi. De là l’importance de s’éduquer et de se réoutiller vers une plus grande autonomie non marchande.
Les fermetures d’usines, événements dévastateurs dans une petite communauté, peuvent être l’occasion d’envisager autrement l’économie d’une région. En règle générale, on est prêt à investir des millions pour conserver les emplois, sans considérer la pertinence de ce qui est produit ni les conséquences de sa production. Pour la plupart des gens, la consommation et le crédit font partie des « acquis » qu’il ne faut pas remettre en cause, d’autant plus que le système économique actuel n’offre pas vraiment d’autre choix. Nous avons espoir qu’une éducation réaliste aux conséquences de notre niveau de vie, jointe à des expériences d’alternatives de subsistance qui permettent une réelle autonomie des communautés, mènera à des choix qui bénéficieront aux populations touchées en leur redonnant du pouvoir sur leur devenir, tout en préservant l’équilibre écologique.
Nous ne pourrons partager les ressources tant et aussi longtemps que nous respecterons le droit à la richesse et nourrirons des rêves d’opulence. Pour mettre en œuvre une société qui respecte vraiment les êtres et la nature, il est essentiel de réviser nos valeurs et notamment de rejeter l’accumulation et la compétition. Pour maintenir les écosystèmes et la biodiversité, il ne peut y avoir de millionnaires. Concernant la survie de l’espèce humaine, il est essentiel de cultiver le détachement face à l’appât du gain.
Sommes-nous plus rêveurs que ceux qui prétendent que la piscine, le jet privé et les aliments cultivés à l’autre bout du monde sont accessibles à quiconque fait preuve de détermination? Sommes-nous plus rêveurs que ceux qui prétendent encore au bonheur par l’accumulation des richesses et la frénésie du travail? Plus rêveurs que ceux qui croient qu’ils travaillent pour le futur de leurs enfants en constituant des fortunes dans les paradis fiscaux?
À l’image de l’adolescent, l’humanité vit au rythme des excès, grisée par le sentiment de puissance de ses accomplissements. Il est temps de tourner la page sur cette époque d’insouciance et d’acquérir collectivement un peu de maturité. Si nous n’entreprenons pas une réelle recherche d’équilibre fondée sur la reconnaissance et le respect des limites de la Terre, il est à prévoir des bouleversements bien pires que ceux découlant de la transition vers une économie hors du productivisme, qu’il soit capitaliste ou socialiste. La « nécessité » de la croissance économique n’est pas une contrainte absolue, contrairement aux limites physiques de la planète.
Notre position peut sembler déconcertante, mais les valeurs de solidarité qui la sous-tendent sont déjà bien ancrées dans la culture québécoise, où le plaisir de rendre service, la créativité des patenteux et la simplicité de voisinage sont bien connus, même s’ils sont de plus en plus difficiles à exprimer dans un monde où l’idéologie de croissance nous incite à nous méfier des autres – car l’entraide nuit à l’économie!
Le mouvement de la décroissance n’est pas une utopie. Nous croyons qu’il est possible, en commençant aujourd’hui, d’entreprendre de mille façons un virage vers une organisation sociale vraiment soutenable, et conviviale en prime! Et vous?
Les signataires :
Maude Bouchard-Fortier
Léo Brochier
Jean-Marc Brun
Jean-François Cantin
Arthur Lacomme
Jacinthe Laforte
Julien Lamarche
Louis Marion
Serge Mongeau
Marcel Sévigny
Notes :
1 - Voir http://www.decroissance.qc.ca pour une une liste de liens sur la décroissance.
2 - Voir Notre empreinte écologique, Mathis Wackernagel et William Rees, Écosociété, 1999, 216 pages.
3 - Les fameux SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) : il y a eu au moins trois cas récemment au Québec (Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Association des gens de l'Île d'Orléans contre le port méthanier à Lévis et À babord). Voir : http://www.taisez-vous.org.
4 - Voir Le livre noir de l’automobile, Richard Bergeron, Hypothèse, 1999, 435 pages.
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lundi, 14 janvier 2008
Le bonheur et l'action, un nouveau numero de la revue Anaximandre
A l'occasion de cette nouvelle année, j'adresse à tous mes voeux les meilleurs; en espérant que 2008 vous apporte tout ce que vous pouvez attendre, à commencer par la santé, l'amour et l'épanouissement.
Pour accompgner ces voeux, c'est avec plaisir que je vous annonce la sortie du dernier numéro (n°3) de la revue en ligne "Anaximandre" de Thibault Isabel, dont le thème central est "le bonheur et l'action"
« Le bonheur »… Tel sera d’ailleurs le theme de ce troisieme numero d’Anaximandre ! Ou, plus precisement : « Le bonheur et l’action ». Que signifie etre heureux ? Sur quoi le bonheur repose-t-il ? La joie peut-elle etre assimilee au plaisir, ou faut-il l’en distinguer ? Notre bonheur est-il atteint lorsque nous nous sentons pleinement satisfaits, ou emerge-t-il plutot lorsque nous sommes dans l’attente, et que nous nous contentons d’esperer ? Le repos est-il compatible avec le bonheur, ou faut-il agir pour acceder au souverain bien ? En d’autres termes, notre epanouissement depend-il d’un etat de satisfaction des sens, ou d’un etat de l’ame plus diffus, plus indefinissable, aussi, qui se caracteriserait par l’esperance et la volonte d’oeuvrer a la justice ? Les riches sont-ils heureux ? Et les derniers ne sont-ils pas deja paradoxalement les premiers, sur Terre ?
09:35 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : idées, philosophie
vendredi, 28 décembre 2007
Questions à Alain de Benoist autour de son nouveau livre sur la décroissance
Ecrivain, journaliste et conférencier, Alain de Benoist –que l’on ne présente plus aux lecteurs assidus de ce blog!- aidé par un sens de la synthèse et un esprit critique hors du commun, poursuit depuis plusieurs décennies un travail d’analyse et de réflexion abordant principalement le domaine des idées (qu’elles soient politiques, philosophiques, religieuses ou touchant aux sciences de la vie), mais également les évènements que nous livre l’actualité (lorsque ceux-ci ont valeur de symptômes). Auteur d’une œuvre d’une cinquantaine d’ouvrages, de plusieurs milliers de textes de conférences, d’entretiens ou d’articles publiés dans une quinzaine de langues, il dirige par ailleurs deux revues qu’il a fondé : «Nouvelle Ecole» (depuis 1968) et «Krisis» (depuis 1988)
Dans son dernier livre, «Demain, la décroissance! Penser l’écologie jusqu’au bout» aboutissement d’une réflexion en profondeur sur les enjeux de l’écologie débutée dans le courant des années 90 (témoins les trois textes écrits en 1993 et 1994 qui lui sont annexés), Alain de Benoist nous invite à envisager le recours à la pensée décroissante comme pensée de rupture possible avec le productivisme et le consumérisme, fauteurs des périls écologiques auxquels notre Terre doit maintenant faire face: les dérèglements climatiques, la dégradation des milieux naturels sous l’effets des pollutions de toutes sortes, ainsi que l’épuisement des richesses naturelles. Un livre d’orientations à se procurer d’urgence !
A l'occasion de cette notable parution, Alain de Benoist a eu la trés grande amabilité de bien vouloir répondre aux quelques questions que je lui ai soumises sur l'écologie et la décroissance; retrouvez ci-dessous l'intégralité de cet entretien:
1) Votre dernier ouvrage, Demain la décroissance. Penser l’écologie jusqu’au bout (éditions Edite), faisant suite au dossier central « Le salut par la décroissance » que vous avez signé dans une récente livraison de la revue Eléments, (1), vient de paraître. Il constitue un jalon important dans une réflexion que vous aviez entamée il y a déjà plusieurs années sur la question de l’écologie, comme en témoignent vos trois écrits annexés à ce volume qui sont parus entre 1993 et 1994 (2). Votre pensée, on le voit, n’a pas attendu leur médiatisation intensive récente pour se pencher sur la cruciale question écologique et sur la pensée « décroissante ». Pouvez vous nous indiquer les raisons qui ont vous ont conduit à cette réflexion ?Alain de Benoist: J’ai bien entendu, comme beaucoup de nos contemporains, assisté avec consternation à la dégradation progressive du cadre naturel de vie et à la désorganisation des écosystèmes qui régulaient naguère l’existence des êtres vivants. Quand on a le sens de la beauté, on ne peut qu’être révulsé de cet enlaidissement qui transforme peu à peu la Terre en poubelle. Mais en la matière, la simple réactivité ne suffit pas. Il faut encore analyser les causes. L’écologie m’est de longue date apparue comme une discipline particulièrement importante pour au moins deux raisons. La première est qu’elle induit une réflexion sur la façon dont l’idéologie du progrès s’est aussi présentée comme une idéologie de la maîtrise, en l’occurrence une idéologie dans laquelle l’homme s’affirme sans aucune mesure comme le « souverain maître » de la nature. La critique de cette idéologie conduit à remettre en cause une conception « prométhéenne » de l’existence que les partisans du « progrès » ne sont pas seuls à professer. Le goût de la domination pour la domination, parfois légitimée par une adhésion simpliste à l’idée de « volonté de puissance », va aussi dans ce sens. Si l’on se réfère à l’opposition entre les dieux et les titans, l’idéologie de la maîtrise, qui institue l’homme en sujet absolu d’un monde transformé en matière inerte, en pur objet, est incontestablement d’essence titanesque. L’esprit titanesque, c’est l’esprit de démesure, cette hybris si fortement condamnée par les Grecs. L’écologie est une réaction contre l’hybris, et par là même elle nous oblige à réfléchir sur les moyens d’instaurer, ou de rétablir, un autre rapport au monde naturel que celui de la mise à profit et de l’arraisonnement technicien.
L’autre aspect qui me paraît intéressant dans l’écologie, c’est qu’elle implique une démarche en rupture radicale avec l’esprit de notre époque. En stigmatisant le productivisme et le consumérisme, la préoccupation idéologique s’inscrit en faux contre l’idéologie qui domine aujourd’hui la planète : l’obsession économiste, l’axiomatique de l’intérêt, la logique du capital. En ce sens, l’écologisme possède une incontestable dimension révolutionnaire. Ce qu’il propose, c’est un changement de cap radical, équivalant à un changement de civilisation. Mais ce qui est également intéressant, c’est que la révolution écologique ne possède pratiquement aucun des traits des mouvements politiques « révolutionnaires » du XXe siècle. C’est une révolution qui préconise de s’engager sur d’autres voies et par d’autres moyens. Enfin, c’est une révolution qui, loin de vouloir faire du passé table rase, entend au contraire préserver ce qui mérite de l’être. Je crois que c’est Jacques Julliard qui avait un jour présenté l’écologisme comme le premier mouvement « conservateur de gauche ». Cette association des idées de conservation et de révolution me semble importante à bien des égards.
2) Quels sont les principaux auteurs qui vous ont aidé et/ou accompagné dans cette réflexion?
Alain de Benoist: Au tout début des années 1960, j’ai lu la plupart des livres écrits par les auteurs qui furent les premiers à s’inquiéter de la dégradation des écosystèmes. Je pense ici à Barry Commoner, Günter Schwabe ou Rachel Carson. Mais leurs démarches étaient encore isolées, et pas toujours prises au sérieux. Depuis lors, l’écologie a fait dans différents pays l’objet d’une réflexion en profondeur qui va beaucoup plus loin. En ce qui concerne la « décroissance », vous savez que le premier grand théoricien de cette manière de penser a été l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen. Ses thèses ont depuis été prolongées par des essayistes comme Serge Latouche, Edward Godsmith, Mauro Bonaiuti, Gilbert Rist, Jacques Grinevald et bien d’autres. En Allemagne et dans les pays scandinaves et anglo-saxons, l’écologie a donné naissance à de véritables systèmes philosophiques, dont les représentants s’expriment dans des revues spécialisées, mais dont le public français n’a pratiquement jamais entendu parler, car leurs travaux n’ont tout simplement pas été traduits. C’est d’ailleurs là une caractéristique de l’écologisme à la française : il a donné lieu à des débats à caractère strictement politique plus qu’à des élaborations théoriques très poussées. Dans l’un des textes figurant dans mon livre sur la décroissance, je présente précisément les discussions auxquelles a donné lieu, notamment aux Etats-Unis, l’idée de « valeur intrinsèque » de la nature. C’est un débat passionnant, mais dont nous n’avons ici pas la moindre idée.
Outre ces lectures, il faudrait évidemment citer les œuvres d’un grand nombre d’écrivains qui, sans aborder directement le problème de l’écologie, ont pu contribuer à faire naître ou à entretenir chez moi l’amour de la nature, qu’il s’agisse de David Herbert Lawrence, John Steinbeck, Jean Giono, Knut Hamsun et tant d’autres. Enfin, il est clair que mes positions sur l’écologie ne seraient pas ce qu’elles sont sans l’apport des chercheurs qui ont réfléchi sur la mentalité économique et l’avènement de l’homo œconomicus, sur le système du don et du contre-don ou encore sur l’utilitarisme. Je pense évidemment à Karl Polanyi, Marcel Mauss, Ivan Illich, Jacques Ellul, Louis Dumont, aux travaux du MAUSS, etc., mais il y aurait sans doute bien d’autres auteurs à citer !
3) Dans le texte de votre conférence sur « Les enjeux de l’écologie », prononcée en novembre 1993 (et repris dans votre présent livre sous le titre « Sur l’écologie I »), vous citez ces mots de Michel Serres, extraits de son admirable Contrat naturel (chez Flammarion), qui résument parfaitement notre situation actuelle : « Nous avons perdu le monde : nous avons transformé les choses en fétiches ou en marchandises [….] Il faut changer de direction et laisser le cap imposé par la philosophie de Descartes ». Pour reprendre un cap qui nous conduirait à vivre à nouveau en harmonie avec la nature, à la façon de l’homme de l’Antiquité ou de l’homme des sociétés traditionnelles, c’est donc à une rupture complète avec la philosophie des Lumières et avec l’idéologie du progrès que nous convie l’écologisme ?
Alain de Benoist: C’est en tout cas dans cette direction qu’il devrait nous convier, mais le problème est que, même dans les milieux écologistes, certains se résignent mal à envisager une telle rupture. Disons qu’ils rechignent à aller jusqu’au bout de leur propre logique. Mais précisons quand même qu’on ne saurait envisager l’ère postmoderne comme un retour pur et simple à un passé idéalisé, perçu comme une sorte d’âge d’or. Les écologistes n’ont été que trop souvent accusés de vouloir nous ramener à l’âge des moulins à vent, quand ce n’est pas à l’âge de pierre ! Nietzsche disait à juste titre qu’« on ne ramène pas les Grecs », ce qui signifie qu’il serait illusoire de s’imaginer que l’on puisse réinstaurer les sociétés de l’Antiquité. La modernité a eu lieu, et il faut bien compter avec elle. J’ai moi-même eu souvent l’occasion de dire qu’on ne peut pas retourner au passé, mais qu’on peut y recourir : recours et non pas retour. Recourir au passé, c’est y puiser l’inspiration de ce que pourrait être un nouveau commencement. Il s’agit, en d’autres termes, de réorienter la vie sociale dans un sens plus conforme, sinon à une parfaite harmonie, du moins à plus d’amicale connivence avec un monde naturel, qui n’est pas tant un matériau mobilisable par l’esprit de calcul qu’un partenaire avec lequel il faut composer pour continuer à habiter la Terre sans y créer de tensions irréparables.
L’idéologie du progrès a de toute façon déjà beaucoup perdu de sa superbe. Elle ne se survit guère que dans l’idéal de la croissance et du développement, ce qui est déjà beaucoup. On en trouve aussi la trace dans l’idée que les problèmes posés par la technique seront résolus par plus de progrès technique encore. Ce qui s’est en revanche effondré, c’est l’idée que nous allons automatiquement vers des jours meilleurs (les « lendemains qui chantent »), l’idée que la nouveauté vaut du seul fait qu’elle est nouvelle. Il n’y a plus grand monde non plus pour croire que les progrès techniques entraînent dans les sociétés humaines un progrès moral équivalent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les grands systèmes historicistes qui avaient fleuri au XVIIIe et surtout au XIXe siècle ont perdu leur attrait. Nous sommes entrés dans une ère d’incertitude, caractéristique des périodes de transition, qui affecte jusqu’à nos représentations de la temporalité. Autrefois, on croyait que l’avenir serait nécessairement meilleur que le passé, celui-ci n’ayant du même coup plus rien à nous apprendre. Aujourd’hui, l’avenir apparaît plus porteur de menaces que de promesses.
4) Face aux problèmes désormais bien décrits (dégradations du milieu naturel sous l’effet de pollutions de toutes sortes, épuisement des matières premières et des richesses naturelles) liés à un productivisme et à un consumérisme effrénés, votre ouvrage propose une lumineuse étude critique des vraies et fausses alternatives. Pouvez-vous nous rappeler ici ce qui distingue fondamentalement l’écologisme et la pensée « décroissante » de ce « développement durable » aujourd’hui très à la mode ?
Alain de Benoist: Certains taxent l’idée de décroissance d’« utopique ». Il me semble au contraire que c’est bien plutôt le « développement durable » qui relève au sens propre de l’utopie. Il consiste en effet à vouloir en même temps une chose et son contraire, en l’occurrence à tenter de satisfaire le souci écologique tout en conservant un mode de croissance et de développement qui est la cause première à la fois des pollutions toutes sortes et de l’épuisement des réserves naturelles. Les tenants du développement durable feignent de déplorer les conséquences, mais refusent de voir les causes en face. Tout ce qu’ils proposent, c’est de faire des impératifs écologiques un paramètre à prendre compte parmi d’autres, mais sans changer fondamentalement de cap. Concrètement, cela revient à ralentir le rythme, mais en allant toujours dans la même direction. On se contente de reporter les échéances.
Prenons un exemple concret. Compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui à propos du réchauffement climatique, d’innombrables mises en garde ont été émises ces dernières années contre les émissions de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre responsable de ce réchauffement. Or, en dépit de ces mises en garde, conformes au principe du développement durable, ces émissions, dues à la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), ont augmenté entre 2000 et 2005 de 3,1 % par an, contre 1,1 % par an dans les années 1990. En 2005, près de 8 milliards de tonnes de carbone fossile ont ainsi été rejetées dans l’atmosphère ! La cause majeure de cette augmentation, c’est la dégradation du « rendement carbone » de la croissance économique. Ce paramètre correspond à la quantité de CO2 fossile que doit rejeter un pays pour produire une unité de PIB supplémentaire, soit un point de croissance économique. On peut donc dire que, depuis l’an 2000, le nombre de tonnes de carbone fossile émis par unité de PIB n’a cessé d’augmenter. Cela rend évidemment sceptique sur la possibilité de mettre en œuvre les résolutions adoptées lors des conférences de Kyoto ou de Bali.
On pourrait citer aussi le célèbre principe « pollueur-payeur ». Du point de vue du développement durable, il s’agit de faire en sorte que la pollution représente un coût pour ceux qui polluent. On en déduit qu’il y aura moins de pollution dès lors que celle-ci ne sera plus « gratuite ». Mais en réalité, ce que l’on a instauré, c’est un véritable marché de la pollution : continuent à polluer ceux qui ont les moyens d’acquitter le coût de leurs pollutions (coût qu’ils répercutent sur leurs prix de revient), c’est-à-dire ceux qui sont les plus riches et… qui sont aussi ceux qui polluent le plus.
5) La décroissance, seule véritable alternative à la frénésie consumériste dans laquelle nous pousse la logique productiviste et marchande, ne serait possible qu’à la condition d’une transformation des esprits, d’une « décolonisation de l’imaginaire » pour reprendre le mot de Serge Latouche. Sur quelles mesures politiques concrètes pourrait s’appuyer une telle révolution ?
Alain de Benoist: Dans l’immédiat, très vraisemblablement sur aucune. Aucun grand pays n’est en effet actuellement disposé à prendre des mesures politiques allant concrètement dans ce sens. Tout ce qui est fait, c’est d’inciter les citoyens à économiser l’énergie, à gaspiller un peu moins qu’ils ne le faisaient auparavant, à faire éventuellement appel aux biocarburants (ce qui a pour effet de dévaster encore un peu plus les cultures vivrières), à installer des panneaux solaires sur leurs maisons, etc. Tout cela est bel et bon, mais ce n’est de toute évidence pas à la hauteur des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Cela relève plutôt de l’esprit du « développement durable » : faire durer les choses sans s’attaquer à l’essentiel. Un bon moyen de supprimer sérieusement le gaspillage, par exemple, consisterait à mettre un terme à l’obsolescence programmée des produits industriels, à ne plus proposer aux consommateurs des fruits exotiques en toutes saisons, à rompre avec la frénésie des nouveaux gadgets mis à rythme accéléré sur le marché, à restreindre drastiquement la publicité, etc. Tout cela est aujourd’hui impensable. On en revient donc toujours à la même contradiction, qu’illustre à la perfection le discours de tous ces hommes politiques, de droite ou de gauche, qui parlent à tout bout de champ d’écologie tout en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour « stimuler » la croissance.
Dans ces conditions, le mot d’ordre de Serge Latouche reste plus que jamais valable. Décoloniser l’imaginaire, et plus spécialement l’imaginaire symbolique, cela signifie désaccoutumer les mentalités de l’esprit de calcul, refuser l’idée que l’homme ne soit qu’un producteur et (surtout) un consommateur visant en permanence à satisfaire son meilleur intérêt, en finir avec un système de pensée qui rabat tout ce qui vaut sur la seule valeur marchande, réhabiliter la notion de gratuité, etc. Cela implique un long travail d’explication, mais aussi des exemples concrets. Vaste tâche, qui ne peut que s’inscrire dans le long terme, alors que les échéances, elles, se profilent à court et moyen terme…
6) L’année 2007 a donné lieu, par voie médiatique, à une conscientisation inédite et à grande échelle des périls écologiques, notamment climatiques (en raison notamment de la campagne planétaire du vice-président américain Al Gore et de celle, beaucoup plus hexagonale, de Nicolas Hulot). Cette médiatisation a eu pour effet de faire rentrer l’écologie dans (presque) tous les discours, dans (presque) tous les programmes, notamment lors des campagnes électorales à l’occasion des différents scrutins (élection présidentielle et élections législatives) qui ont eu lieu en France… Scrutins qui ont permis de vérifier une nouvelle fois, par la faiblesse de leurs résultats, le peu de crédit dont disposent les différentes formations écologistes politiques existantes (les Verts, le Mouvement écologiste indépendant » d’ Antoine Waechter , Génération Ecologie , etc.). Pensez-vous, comme le propose par exemple Antoine Waechter depuis qu’il a quitté les Verts en 1994 (en raison du dommageable arrimage de cette formation au parti socialiste) ou, comme le souhaite Jean Zin dans son remarquable manifeste d’écologie politique ), qu’un projet réussissant à regrouper les forces écologistes, au-delà de clivages périmés et de nos frontières nationales, demeure possible et parvienne à constituer un jour une alternative sérieuse au productivisme et au consumérisme ?
C’est en théorie possible, et c’est certainement souhaitable. Au fur et à mesure que les échéances se préciseront, de tels rapprochements se produiront peut-être. Mais ce n’est guère le cas pour l’instant. On assiste aujourd’hui à une évidente contradiction entre les vieux et les nouveaux clivages. Là où le dialogue et la concertation seraient nécessaires, beaucoup préfèrent rester campés sur leurs positions. Vous avez cité l’exemple des Verts. Il est remarquable que la relative vogue actuelle de l’écologie ne leur profite aucunement, puisqu’ils ont réalisé aux dernières élections des scores qui sont parmi les plus bas de leur histoire. Ils paient ainsi le prix d’un certain manque de crédibilité : on ne peut défendre sérieusement l’écologie en se mettant à la remorque, pour des raisons strictement électorales, d’un parti traditionnellement productiviste comme le parti socialiste. L’écologie politique, d’autre part, ne saurait se confondre avec toute une série de luttes marginales plus inspirées par l’idéologie libérale-libertaire ou « bo-bo » que par la nécessité de préserver le cadre naturel de vie, luttes auxquelles de surcroît la majorité des gens sont indifférents ou hostiles. En France comme ailleurs, sinon plus qu’ailleurs, l’écologisme n’a pas encore vraiment su déterminer son mode d’insertion dans la vie publique. Antoine Waechter et Jean Zin ont raison sur le principe, mais il leur reste à être mieux entendus qu’ils ne le sont pour l’instant.
7) En 2005, Massimo Fini, turbulent journaliste italien que vous connaissez bien, publiait sur Internet un sympathique manifeste (4) dénonçant la situation de notre monde maintenant quasi totalement livré au primat de l’économie. Ce texte, que vous avez cautionné en lui apportant votre signature, présente des positions alternatives intéressantes et originales – souvent très proches de celles que vous défendez. Ce manifeste a donné le jour, en Italie, à un mouvement politique et culturel, le «Movimento Zéro», qui s’inspire de son message et s’est fixé pour but de le répandre et de le rendre vivant dans la société civile italienne (et au-delà). Que pensez vous d’une telle démarche ? Sur quelles perspectives concrètes peut-elle déboucher ?
Alain de Benoist: J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois Massimo Fini, qui est effectivement un homme sympathique aux vues originales. J’ai signé son manifeste parce que je me sentais en accord avec la plupart de ses positions. Cela dit, je manque d’informations pour apprécier à sa juste valeur l’impact du mouvement qu’il a lancé depuis. Comme vous le savez, je ne crois pas beaucoup aux mouvements politiques, surtout dans les circonstances présentes. Je crois en revanche beaucoup à l’action locale, aux réseaux culturels, au travail pédagogique dans le domaine des valeurs et des idées. Massimo Fini exerce à mon avis l’essentiel de son influence grâce aux livres qu’il publie. Je souhaite qu’il continue à en faire paraître beaucoup !
(1) n°119, décembre 2005
(2) "Sur l'écologie I" contribution au volume collectif "Les enjeux de l'écologie", GRECE, Paris 1994 (Trad. italienne1995, allemande 2001) [texte d'une conférence prononcée à Paris le 28 novembre 1993]; "Sur l'écologie II", Eléments n°79, janvier 1994 (Trad. néerlandaise 1994, allemande 1994-99, italienne 1995); "La nature et sa valeur intrinsèque", Krisis n°15, septembre 1993
(3)« L’écologie politique à l’ère de l’information » (Ere, janvier 2006)
(4) Manifesto dell'antimodernita : http://www.movimentozero.org/index.php?option=com_con... et http://www.massimofini.it/

"Demain, la décroissance! Penser l'écologie jusqu'au bout"
par Alain de Benoist (E/dite, décembre 2007)
00:50 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Alain de Benoist, décroissance, écologie
vendredi, 12 octobre 2007
La puissance aux temps modernes
Métapolitique - La puissance aux temps moderne : une confiscation de la démocratie par la "nouvelle gouvernance"
vendredi 28 septembre 2007, par Pierre Le Vigan
"Qu’est-ce que la puissance ? C’est un pouvoir-faire. C’est une capacité. C’est la mise en mouvement des forces du monde. La puissance n’est pas de l’ordre du regard sur le monde, elle est d’abord de l’ordre du faire et de la technique. C’est pourquoi la puissance apparaît une préoccupation de l’homme quand le regard sur le monde cesse d’être poétique et magique pour devenir constructiviste, voire instrumental.
La puissance est donc concomitante à la naissance du politique.
Durant l’Antiquité même, le logos, c’est-à-dire la pensée, amène à désymboliser l’espace, et à le voir comme un espace mathématique. C’est ce qui caractérisé les plans de bataille novateurs en leur temps d’Épaminondas (IVe siècle av. J.-C.). Quelle est l’origine de la préoccupation de la puissance, qui n’est pas la même chose que la volonté de victoire ? Cette origine, c’est Platon qui définissait l’être comme puissance (Le sophiste, 247). Ce qui est potentiel, l’être, se distingue de ce qui se manifeste, l’étant.
La puissance n’est donc pas l’exercice immédiat de la force, c’est une possibilité de force, une possibilité d’agir. L’irruption de la conception de Platon est loin d’être un basculement irréversible de notre vision du monde. Ainsi, Aristote est plus proche des conceptions grecques du monde, antérieures à Platon, c’est-à-dire des conceptions non dualistes. Le christianisme, ensuite, reprend les conceptions de Platon mais en mettant l’acte créateur à l’extérieur du monde. Il attribue l’illimité de la puissance à Dieu seul – et non à l’homme. En conséquence, si le créateur a une puissance infinie, la créature est finie. D’où il ressort qu’il y a une limite au déploiement de la puissance. À la Renaissance, Giordano Bruno (1548 - 1600) conteste cette vision et défend l’idée de l’auto-engendrement du monde. Tandis que Galilée étend le domaine de la réalité au raisonnement abstrait.
...."
09:25 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, gouvernance, politique
vendredi, 28 septembre 2007
Maurice Allais, un penseur capital à redécouvrir
Dans son numero 8 (Printemps/Eté MMII), la revue "L'Esprit Européen" faisait apparaitre un entretien avec le professeur Maurice Allais. Pour retrouver la vision Européenne et fédéraliste de ce penseur capital, cliquer sur le lien ci dessous:
Voir également l'excellent site dédié à la vie et à l'oeuvre de Maurice Allais:
09:25 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, libéralisme, Europe, fédéralisme
dimanche, 10 juin 2007
Nouvelle mise à jour sur la revue électronique l'Esprit Européen
Sur l'Esprit Européen ce mois ci, parmis de nombreux autres textes:
Désamorcer la guerre mondiale, Une grande politique pour l'Europe Yves Argoaz, géopolitique, 24 mai 2007
10:25 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : idées, politique, métapolitique, géopolitique, international, europe
mercredi, 04 octobre 2006
Quelle Europe voulons nous?
Quelle Europe voulons nous?
"Cette question se pose à partir de plusieurs perspectives.
Partons d'abord de l'Europe que nous avons, celle que nous vivons au jour le jour d'aujourd'hui. Elle va mal, c'est le moins qu'on puisse dire. Elle est en panne. En panne d'institutions (depuis le 29 mai 2005, mais déjà bien avant cette date) qui lui permettraient de faire les choix décisifs conduisant aux décisions qui lui donneraient toute sa place, sa force, son mérite sur la scène internationale. Cette Europe sans tête, sans union véritable, tirée à hue et à dia par les intérêts particuliers des uns et des autres, des uns contre les autres, se met naturellement, bon gré, mal gré, à la remorque d'une Amérique qui, malgré tous ses défauts et faiblesses, possède tout ce qui nous manque : l'union, la force, la bonne conscience d'une civilisation conquérante, la volonté de ne pas se laisser dicter par des tiers, fût-ce par pression économique ou politique, ses choix en matière de défense, de politique étrangère et de relations commerciales et politiques. La perspective d'avenir enfin, la promotion de son modèle culturel, linguistique et économique, la défense victorieuse de ses intérêts de par le monde. ..."
Lire l'article complet d'Yves Argoaz sur "L'Esprit Européen"
00:17 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe, politique
mercredi, 13 septembre 2006
Cinq ans de guerre perpétuelle
La commémoration du 11 Septembre
"De l’autre côté de l’Atlantique on dit « 9/11 » comme si seuls les chiffres et non les mots pouvaient rendre le caractère de l’événement.
Et quand médias le commémorent (y compris par la fiction qui s’empare du thème après un délai de « décence »), ils ne peuvent échapper à deux genre. Pour les uns, c’est le caractère stupéfiant, indicible du 9/11, qu’il faut évoquer par le passage en boucle des mêmes images et des mêmes témoignages. D’autres reviennent inlassablement sur la question : comment pouvait-on ignorer ? Comment les immenses moyens de détection et d’anticipation américains ont-ils pu être surpris ? Mais dans tous les cas, un point sur lequel tous convergent : plus rien ne sera comme avant.
La stratégie américaine a théorisé cela et fait du caractère inaugural de l’attentat la clef de voûte de leur nouvelle analyse. Ils sont passés très vite de l’idée d’un nouvel ordre mondial voire d’une fin de l’Histoire à celui d’une lutte finale. Certains néo-conservateurs la résumaient ainsi : après avoir gagné une guerre contre le nationalisme européen (14-18), puis contre le fascisme (39-45), puis contre le communisme (Guerre Froide) les États Unis doivent mener et gagner une longue guerre contre le terrorisme pour le bien de tous les hommes. ... "
Lire l'article complet, sur le site de l'auteur: http://www.huyghe.fr/index.htm
11:30 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Stratégie
mardi, 12 septembre 2006
Géophilosophie
A lire sur le remarquable site Italien Geofilosofia:
-"10 tesi di Geofilosofia" de Caterina Resta
Texte publié dans l'ouvrage de Luisa Bonesio "Appartenenza e localita: l'uomo e il territorio" (SEB, Milano, 1996)
-"Spaesamento, perdita di luogo e rilocalizzazione dell'identita culturale" par Luisa Bonesio
-"Perché la Geofilosofia" par luigi Ranzani
13:54 Publié dans Textes d'orientation & points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie



















